SpaceX met l’industrie spatiale sur une nouvelle orbite

Mythe et source de fantasmes depuis des dizaines d’années, le secteur spatial est aujourd’hui bousculé par de nouveaux entrants. Après des décennies de règne sans partage, États, agences spatiales gouvernementales et industriels partagent le ciel avec par exemple Sir Richard Branson, l’atypique boss de Virgin, le géant Amazon ou le serial entrepreneur Elon Musk, le fondateur de SpaceX.

Cette entreprise californienne née en 2002, s’est bâtie en quelques années une solide position sur le marché des lancements de satellites commerciaux, et pas que, comme en témoigne son partenariat avec la NASA. Cela dit des choses du nouveau visage de l’industrie spatiale. Et témoigne de la réussite d’un homme qui a su donner à ses utopies une réalité industrielle et a « disrupté » le secteur grâce à une volonté de casser les prix et de réduire le coût de l’accès à l’espace avec des lanceurs deux fois moins chers que ceux de Boeing.

Nous avions déjà abordé le sujet de SpaceX dans notre rapport d’étonnement de Miami, voici une rapide analyse marketing et stratégique sur la façon dont SpaceX a conquis les étoiles en une vingtaine d’années à peine…

Des lancements toujours plus fréquents

26 tirs en 2020 contre 4 « seulement » pour Arianespace. Dans un marché en pleine expansion, la capacité de répondre à la demande apparaît comme un élément-clé de la stratégie de l’entreprise californienne. L’objectif est d’être le plus compétitif sur 3 critères principaux : fiabilité, disponibilité et prix.

Malgré cela, sur des projets plus importants en toute autonomie tel que #DearMoon – qui consiste à envoyer 8 civils autour de la Lune à bord de la fusée Starship et son dôme de verre en 2023 – ou la colonisation de Mars, où aucun calendrier précis n’est encore prévu.

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Un dirigeant visionnaire, quoi qu’on en dise…

Qui aurait pensé à proposer une fusée réutilisable alors qu’aujourd’hui, les étages du lanceur se désintègrent dans l’atmosphère une fois le satellite sur orbite ? Pour Elon Musk, être capable de récupérer tous les composants est primordial. Deux ambitions le justifient : une réduction immédiate du coût des vols spatiaux et une future mission sur la planète rouge. Un lanceur pourrait ainsi être réutilisé jusqu’à 20 fois, avec à la clé 30 % d’économies. Un pari réussi depuis le lancement de sa fusée de nouvelle génération, Falcon 9, conçue de façon à pouvoir être exploitée 10 fois de suite sans avoir de maintenance à effectuer, et qui a été utilisée au mois de mars dernier pour la neuvième fois.

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Un modèle industriel spécifique

À rebours du recours systématique à la sous-traitance dans l’industrie, SpaceX mise sur une intégration verticale poussée. Elle est un gage de maîtrise technique de l’ensemble des éléments du lanceur et de suppression des marges des fournisseurs ainsi que des risques de défaillance. Un mélange inédit de low-cost et de système industriel ultra-centralisé !

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La culture de l’échec

SpaceX a déjà subi dans sa jeune carrière plusieurs revers avec l’explosion d’un certain nombre de ses lanceurs, dont le dernier en date, le prototype Starship SN11. Pas de quoi décourager un Elon Musk toujours prêt à tirer les leçons de ses ratés. Attention toutefois car cela entache sa réputation dans un domaine où la fiabilité est essentielle. Néanmoins, SpaceX bénéficie d’une opinion favorable auprès du grand public, notamment grâce à tous les records battus par la jeune entreprise et à la fascination envers son créateur pourtant fantasque…

L’appui stratégique de la NASA

L’agence spatiale américaine fait depuis longtemps appel à des sociétés privées pour concevoir ses lanceurs de fusées. C’est ainsi que les ingénieurs de SpaceX ont bénéficié de son soutien technologique d’une part et d’une aide financière sous la forme de contrats d’autre part. De quoi donner de la visibilité à SpaceX et lui permettre de casser les prix sur le marché des lancements à destination des opérateurs privés. Et l’histoire a récemment pris une autre ampleur ! SpaceX a remporté un contrat historique de 2,89 milliards de dollars pour créer une version lunaire de sa fusée Starship, pour la première mission de ce genre depuis Apollo 17 en 1972. Le choix de l’entreprise californienne pour le programme Artémis a pu surprendre la communauté scientifique, car il est d’usage de retenir 2 projets pour pouvoir maintenir une certaine compétitivité et sécurité. Ce choix s’explique notamment par les coupes budgétaires imposées par le Congrès américain à la NASA qui a donc favorisé SpaceX pour son coût beaucoup moins élevé que ses concurrents Dynatics (5 milliards de dollars de financement) et le National Team de Blue Origin (plus de 10 milliards). Le 23 avril, SpaceX a opéré un important lancement pour le compte de la NASA en envoyant quatre astronautes dont Thomas Pesquet vers la Station Spatiale Internationale à bord d’une capsule CrewDragon : la fin de 10 ans d’humiliation pour l’agence spatiale américaine qui dépendait ces 10 dernières années de Soyouz pour envoyer ses astronautes dans l’espace.

L’espace à portée de mains ?

Le changement de physionomie du marché spatial a donné naissance à ce que l’on appelle le tourisme spatial, avec Elon Musk à sa tête. Contrairement à ses concurrents, comme le groupe Virgin ou Blue Origin (le 20 juillet prochain), qui eux ne proposent que des vols suborbitaux c’est-à-dire inférieurs à la vitesse requise pour qu’ils se maintiennent en orbite, SpaceX place la barre plus haut. Le disrupteur a pour but d’envoyer des civils en orbite dès cette année, préfigurant une sorte de privatisation de l’espace.

Dans les prochaines années, faire le tour de la lune sera aussi au programme. Ce projet nommé #DearMoon a suscité plus d’un million de candidatures et le voyage est programmé pour 2023. Lorsque que cette intention a été annoncée, il y a deux ans et demi, il s’agissait de la première mission planifiée impliquant des civils.

L’enjeu des satellites

L’espace s’impose peu à peu comme un secteur d’avenir pour les satellites et leurs multiples usages, suscitant l’appétit des acteurs du privé. À tel point qu’une coordination spatiale a dû être mise en place ! Le projet Starlink de SpaceX est d’ailleurs pionnier en la matière. Il vise à placer une « constellation » de satellites en orbite très basse, à 540 km de la terre, pour créer un réseau internet couvrant l’ensemble du globe, notamment les régions où il est compliqué de mettre en place des moyens terrestres de télécommunication. Starlink compte déjà 10 000 utilisateurs tests et 500 000 précommandes selon l’entreprise. Cette mégaconstellation de satellites ne décourage pas pour autant les autres investisseurs, qui veulent eux aussi conquérir l’espace. C’est le cas d’Amazon et son projet Kuiper, pour l’instant toujours à l’état de test, ou encore du Britannique OneWeb.

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Même si elle continue de nous faire rêver, la conquête spatiale devient décidément un marché comme un autre…

 

Cet article a été écrit et mis en ligne le 2 juin 2021

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