Regard marketing : Jim Thompson, le roi de la soie thaïlandaise

A défaut de rapport d’étonnement cette année (pour le moment), nouvelle carte postale. Après notre analyse du tourisme à Angkor, nous vous faisons découvrir en direct de Bangkok visitée en décembre dernier une marque emblématique de Thaïlande, spécialisée dans la soie haut de gamme. Clin d’œil également à l’implantation de l’agence marketing Ciliabule à Lyon, ancien temple de le soierie…

Le must de la soierie thaïlandaise !

La marque Jim Thompson, ce sont des tissus, des objets de déco, des vêtements : écharpes, cravates, prêt-à-porter féminin et masculin, accessoires en cuir et en soie, sacs à main, petite maroquinerie et des produits finis pour la maison comme des coussins, des nappes et plus encore. Ses tissus d’ameublement sous les marques Jim Thompson, N ° 9, Fox Linton et Studio B sont utilisés par des grands designers d’intérieur et architectes et habillent hôtels, résidences, ressorts, yachts et avions privés les plus luxueux. Le credo de la marque : patrimoine, originalité, authenticité, créativité qualité et mixité de ses produits et services.

Fondée en 1951 et comptant aujourd’hui 3 000 collaborateurs, elle a pour ambition de devenir la première marque de luxe mondiale en Asie du Sud-Est. Pour ce faire, elle s’appuie sur les codes du luxe avec plus de 40 boutiques au design élégant, un service premium, un positionnement prix haut de gamme, des emballages extrêmement soignés etc.

Au-delà de la soie, l’univers…

La marque se présente comme « une marque de culture, tirant notre inspiration exclusivement d’éléments des cultures riches et diverses de l’Asie du Sud ». Pour prolonger l’univers, elle propose également un restaurant à Bangkok et d’autres ouvertures sont prévues sur le continent européen.

L’ancienne maison de Jim Thomson, caractéristique de l’architecture traditionnelle thaïlandaise, a été reconvertie en musée après sa disparition. Amoureux de l’art asiatique, il racheta six maisons thaï traditionnelles qui furent transportées et remontées ensemble à Bangkok. Cette maison servit à Jim Thompson à entreposer ses collections de meubles et de céramiques. Car en plus d’être un grand marketeur, un homme de conviction et un visionnaire, il était un collectionneur d’art, esthète et animé par un grand amour de la richesse de la culture thaïlandaise.

Un storytelling digne d’un roman !

Ancien membre des services secrets américains, Jim Thomson s’est installé en Thaïlande à partir de 1945 et a décidé de relancer l’industrie de la soie thaïlandaise, ce qu’il a fait à travers la Thaï Silk Company. Entrepreneur visionnaire et engagé, le succès ne le quittera plus jusqu’à son étrange disparition, jamais résolue dans une forêt malaisienne en 1967 au moment où les tensions en Asie du Sud-Est étaient à leur apogée et où la guerre du Vietnam s’enlisait. Accident ? Crime crapuleux ? Attaque d’un tigre ? Assassinat politique ? (il aurait été en mission afin de rencontrer le chef des rebelles du Parti Communiste malais). Toutes ces hypothèses continuent d’alimenter et de nourrir le mythe autour du « Roi de la Soie » et de sa marque éponyme…

La filière de la soie, des routes changeantes au fil des siècles

L’histoire de la soie débute en Chine entre 3000 et 2000 ans av. J.-C. Tout en gardant jalousement son secret, la Chine commerçait avec le reste du monde, donnant vie à la « route de la soie » destinée à relier l’Asie à l’Europe. Le monopole prit fin au VIe siècle, l’art de fabriquer la soie se serait en effet progressivement transmis aux autres civilisations par le biais « d’espions ». Arrivée en Europe occidentale à la fin du Moyen Âge, elle parvint au stade de l’industrialisation à partir du XIXe siècle. Au cours des années 1840 à 1890, la soie représentait même 75 % de l’activité économique de la ville de Lyon. Le XXe siècle somma le déclin de la filière en France, déclin lié à l’essor rapide de la fabrication dans certains pays d’Asie et aux épidémies qui touchèrent les vers à soie dans l’Hexagone à cette époque-là. Elle est finalement redevenue une production essentiellement asiatique puisque les pays d’Asie, Chine et Inde en tête, représentent environ 90% de la production de soie mondiale.

Depuis quelques années, on assiste à des tentatives de relance de la filière en France : Chanel a annoncé des prises de participation dans 4 sociétés françaises spécialisées dans la soie et le tissage, pour créer une « filière qui permettra de maîtriser l’ensemble de la chaîne de fabrication de tissus de soie haut de gamme et de qualité exceptionnelle ». Cette opération s’inscrit dans la stratégie du groupe de luxe qui, depuis 1985, a entrepris de racheter des ateliers de forts savoir-faire avec lesquels la Maison de Couture collabore et qui sont menacés de disparition. Sans oublier, dans les envies de renouer avec cette expertise française, l’émergence de start-ups comme Sericyne qui font renaître la fabrique de la soie en France.

Cet article a été rédigé et mis en ligne le 14 décembre 2020

 

 

Partager sur

Ce site utilise des cookies. En poursuivant votre navigation, vous acceptez notre politique de confidentialité.

En savoir plus